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Lyon Prostitution: La dure lutte des travailleurs du sexe

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Écrit par Fabien PIEGAY   
Dimanche, 20 Décembre 2009 20:43

prostituée-tunnelJeudi 17 décembre, les travailleurs et travailleuses du sexe lyonnais se sont réunis place des Terreaux pour manifester à l'occasion de la journée contre les violences qui leur sont faites. Lyon Webzine en a profité pour rencontrer la porte-parole du STRASS pour le Sud-Est, syndicat des travailleurs du sexe.

Ces dernières années, la législation française apparait être plus coercitive envers la prostitution. Ce 17 décembre, à Lyon comme dans de nombreuses autres villes du monde, des travailleuses et des travailleurs du sexe se sont mobilisés pour dénoncer les violences subies pendant l'exercice de leur profession. Evidemment, elles peuvent être physiques, d'autant plus depuis que les prostitué(e)s sont repoussé(e)s loin des centres villes vers des lieux plus isolés, mais également symboliques. Dans le but de saisir les enjeux de la lutte des travailleurs du sexe, Lyon Webzine est allé à la rencontre de Plume, une transgenre porte-parole pour le Sud Est du STRASS, jeune syndicat des travailleurs du sexe. Elle exprime les colères et les attentes d'un milieu plus souvent placé sous les feux des stigmatisations politiciennes que ceux de la scène militante.

Lyon Webzine: Pourquoi cette manifestation ?

Plume: Le 17 décembre est, toutes les années et dans le monde entier, la journée consacrée à l'ensemble des formes de violence faites aux travailleuses et travailleurs du sexe.

L.W.: Quelles sont ces formes de violence ?

P: Ce n’est pas uniquement le fait d’être attaqué, c’est aussi la stigmatisation, le déni des droits sociaux, le harcèlement policier, tout ce genre de choses sont des violences.

L.W. : Qui est à l’initiative de cette manifestation ?

P: Chaque année, Cabiria et désormais le STRASS, le Syndicat du travail sexuel qui existe depuis un an, s’associent à Lyon pour célébrer, si j’ose dire, cette journée.

L.W.: Combien de travailleurs du sexe représente le STRASS en France et à Lyon?

P: Nous sommes 300 en france. Nous ne donnons pas de précision sur nos adhérentEs (spécialités, localisation), étant donné la situation de répression.

logo-strass 

L.W. : Quelles sont vos attentes liées à la mobilisation de ce soir ?

P: En tant que membre et responsable du STRASS, je parlerais plutôt des conditions de travail. Nos exigences de base sont d’être reconnus comme des travailleurs, l’abolition des lois sur le proxénétisme de soutien, l’abrogation de la LSI [Loi sur la Sécurité Intérieure condamnant le racolage passif notamment Ndlr] , une vigilance énorme par rapport aux violences faîtes à toutes les femmes et pas seulement une stigmatisation particulière des travailleuses du sexe qui seraient les victimes de telles ou telles violences spécifiques. Toutes les femmes et les transgenres à travers le monde sont victimes de violences.

L.W.: Avez-vous une doléance à formuler aux pouvoirs publics ?

P: Nous, ce que nous demandons c’est d’avoir un statut comme n’importe quelle travailleuse ou travailleur indépendant. Un statut qui nous donnerait accès à nos droits sociaux. La seule protection efficace pour les femmes bio, les trans, les homos est tout simplement une loi cadre efficace contre toutes les violences, y compris institutionnelles. Et sans spécificité. On en est loin...

L.W. : Pour vous et votre syndicat, quelle serait la meilleure solution pour lutter contre le proxénétisme?

P: La meilleure solution contre le proxénétisme d'abus (puisqu'en france la simple solidarité envers ou entre travailleurEs du sexe est aussi légalement du proxénétisme) est notre reconnaissance dans le droit commun du travail indépendant, sans spécificité et sans répression du travail du sexe. C'est pas compliqué. Quand on est libre et traité égalitairement on n'a pas besoin de patron, ni de "protecteur".

L.W. :Dans quel climat exercez-vous votre profession ?

P: Depuis des années, à Lyon comme dans bien d’autres villes, c’est le nettoyage. On repousse les travailleurs et travailleuses de rue. Il faut savoir qu’il y a différentes formes de travail du sexe, il y a internet par exemple. Dans tout ça, les plus visibles, qui sont devenus les moins nombreux en France, sont celles et ceux qui bossent dans la rue que ce soit dans des camionnettes ou sur les trottoirs. Ces personnes là sont les plus stigmatisées et le seul but est de les faire disparaître, tout simplement.

L.W.: Sur Lyon, lors de sa nomination, le préfet, Jacques Gérault a fait montre d’une certaine forme de répression envers les prostitué(e)s, notamment aux alentours de Perrache. Quelle est votre réaction face à tout cela ?

P: A Lyon, on a un préfet sur le départ qui cherche uniquement à faire du chiffre. Il se fiche royalement de savoir  si ce qu’il fait est légal parce que c’est son successeur qui devra en assumer les conséquences. Donc nous, en ce moment, on est en résistance. D’autant plus qu’il essaie de monter les travailleurs et travailleuses du sexe les uns contre les autres : les anciennes contre les nouvelles,  les régulières contre les irrégulières etc. Il tente également de monter les riverains et les riveraines contre nous qui sommes pourtant des riverains et riveraines parmi tant d’autres ! C’est une situation particulièrement délétère.

L.W.: Il y a-t-il- eu des soutiens de la part d’élus politiques auprès de votre syndicat pour la lutte que vous menez?

P: Pas à Lyon. On reste dans une vieille ville bourgeoise où l’important c’est de nettoyer la ville.   

Pour aller plus loin

Numéro 46 du magazine Vacarme, consultable gratuitement en ligne

Les sites du STRASS de Cabiria et de Les Putes

L'analyse du phénomène de la prostitution par le sociologue Lilian Mathieu

 

 

Commentaires  

 
+1 #1 Sylviane 22-12-2009 02:13
Entretien intéressant et piquant mention spéciale au titre bande de coquisn!
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