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Tabac : évolution des comportements et nouvelles menaces

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Écrit par Paul DESCHAMPS   
Lundi, 08 Mars 2010 00:00

Le 1er février 2010 a marqué le troisième anniversaire de l'interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif par le décret d'application de la loi Evin ; l'association DNF (Droits des Non-Fumeurs) commente et analyse ses effets au quotidien. 

L'ancienne image positive du tabagisme s'est brusquement inversée et on relève des progrès éloquents dans la protection des non-fumeurs et dans le domaine de la santé publique. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Union Européenne s'investissent dans ce combat de tous les jours, et aident à le répandre dans plus en plus de pays, et la tendance semble devenue irréversible. Depuis la promulgation de la loi Evin en 1991, l'opinion publique sur l'image du tabac a été terriblement changée, notamment grâce aux connaissances scientifiques sur le domaine. Cependant, les fabricants de cigarettes ne manquent pas de moyens pour retourner l'opinion, par le marketing et le lobbying.

L'association DNF agit depuis plus de trent-cinq ans pour défendre la voix des victimes du tabagisme. Elle s'est notamment donné un nouvel élan avec le lancement du plan anti-cancer en 2003, qui la place en tête des acteurs dans la lutte contre le tabagisme en France. L'association exerce son emprise à la fois sur les entreprises et sur les restaurants, où elle arrive à appliquer harmonieusement la loi de protection contre le tabagisme, sans que personne ne se sente lésé dans ces établissements. Grâce à sa veille juridique constante, la DNF a contribué à la rédaction du décret du 15 novembre 2006, décret représentant une véritable avancée dans la protection contre le tabagisme : les lieux de travail, les transports collectifs, les lieux de convivialité deviennent officiellement non-fumeurs. 

La lutte anti-tabac commence, comme l'avait fait remarquer Simone Veil par la loi du 9 juillet 1976, par la suppression des promotions de la cigarette, des publicités pour les marques de tabac. On retrouve néanmoins ces promotions de tabac dans les grandes rencontres sportives internationales, avec les retransmissions télévisées depuis des pays où la législation n'interdit pas la publicité de tabac. La présence de la cigarette aux mains de stars du cinéma fait également polémique dans le milieu de la lutte anti-tabac, il est tout de même difficile de retracer la vie d'Yves Montant, de Coco Chanel ou de Serge Gainsbourg sans fumée ! Il a fallu également lutter contre la normalisation du tabac dans les médias, par exemple l'interprétation en direct d'une chanson de Soan de la Nouvelle Star sur M6 avec une cigarette à la main... Les magazines de mode, les revues de presse, les sites internet, montrent les stars fumer, et ces images ont un effet particulièrement percutant sur les jeunes qui cherchent à s'identifier. La cigarette est alors un code que les médias, la société, les coutumes véhiculent de jeune en jeune.

La mise en place de la législation anti-tabac a eu des répercussions importantes sur la fréquentation des établissements publics : les cafés, et notamment les cafés tabac ont connu une baisse importante de près de 5% de leur chiffre d'affaire à partir de 2007, cette baisse n'a pas été significative pour les hôtels et restaurants. Le déret du 15 novembre 2006 a permis une grande avancée en assurant à la population une protection contre le tabagisme passif. Mais, après trois années d'application, les analyses de la DNF montrent une réapparition des mauvaises habitudes, on observe des lieux de travail, salles de concert, bars musicaux enfumés. Les agents de contrôle ne réagissent pas à cette re-progression du tabagisme, et les sanctions sont trop ridicules pour exercer quelque pression que ce soit sur les personnes en cause. 

Des études réalisées en terrasses de restaurants ont montré que la pollution due à la cigarette pouvait atteindre le niveau de pollution d'un bouchon sur l'autoroute dans le cas d'une terrasse fermée. Dans ce contexte d'étude, les professionnels ont préconisé l'installation de la terrasse idéale qui supprimerait toute communication permanente entre l'espace fumeur de la terrasse et le reste de l'établissement, protégeant l'accès à l'établissement de la fumée de tabac et en considérant que les terrasses ne peuvent, en aucun cas, être strictement réservées aux fumeurs.

Au final, trois ans après le décret du 15 novembre 2006, les effets positifs sont indiscutables : chacun peut aujourd'hui revendiquer le droit à ne pas subir la fumée des autres, ce qui témoigne d'une modification fondamentale de la représentation collective du tabac. On constate également un recul indéniable de l'exposition à la fumée de tabac dans les lieux collectifs. L'opinion publique est de plus en plus sensibilisée aux enjeux de santé publique liée au tabagisme. Il reste dorénavant à régler le problème des terrasses, qui expose un nombre important de salariés et de clients à la fumée. Les dérogations données à des salons de thé-narguilés sont très contestées, et vont à l'encontre du Code de la santé publique et du Code général des impôts. Les associations doivent continuer à lutter pour être valorisées et plus reconnues par les institutions, afin que leurs actions soient plus rapides et efficaces.

La situation en Rhône-Alpes
Les chiffres du tabagisme des rhônalpins constituent une petite fierté à l'échelle nationale, puisque selon une étude de l'Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), les jeunes de 17 ans de la Région fument moins que la moyenne. Entre 25 et 27% des jeunes interrogés dans le cadre de cette étude avouent fumer du tabac quotidiennement. C'est bien moins que dans les autres régions de France.

 

 


 

Le scandale
La dernière campagne anti-tabac lancée par l'association DNF ne lésine pas sur la provocation pour toucher les populations cibles, notamment les jeunes. On a récemment eu l'occasion de voir un visuel assez "cru" montrant des adolescents à genoux devant un "monsieur" bien dominateur, la main sur la tête des jeunes ayant une cigarette à la bouche. En comparant l'acte de fumer à une fellation, la campagne relance le débat sur la soumission du fumeur à la cigarette : "fumer, c'est être l'esclave du tabac". Certes ça choque, ça perturbe, ça révolte, notamment tous les gens qui luttent contre la pédophilie, les viols et qui voient ces images diffusées à travers tout le territoire français ;  mais cette nouvelle attaque contre le tabagisme bénéficie sans doute du scandale qu'elle crée pour avoir un réel impact. Les jeunes en parlent entre eux, la sensibilisation au débat est donc réussie. Toutefois cette campagne anti-tabac a été arrêtée, sous pression du gouvernement, car le scandale qu'elle soulevait devenait franchement dérangeant pour les autorités. 

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