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10 ans: première double greffe mondiale de mains à Lyon

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Écrit par Paul DESCHAMPS   
Dimanche, 07 Février 2010 21:10

Le 13 janvier 2000, l'équipe du Pr Jean-Michel Dubernard de l'hôpital Edouard Herriot opérait la première double greffe mondiale de mains sur Denis Chatelier, amputé 4 ans plus tôt suite à une explosion. 10 ans après, les résultats sont stupéfiants.

La transplantation
La transplantation est une technique qui nécessite la coopération de plusieurs disciplines, notamment le couplage de l'immunologie à la chirurgie. En effet, la chirurgie effectue l'action de transplanter, mais elle ne peut rien seule, il fut contrôler les suites post-opératoires par un suivi et un traitement immunologique. L'équipe de chirurgie est maintenant composée de 25 personnes, chirurgiens, infirmières, instrumentistes, aides opératoires... On fait appel à des chirurgiens spécialistes de la main, chirurgiens vasculaires et plastiques. Avant la chirurgie, l'équipe chirurgicale doit examiner le malade en profondeur, connaître l'histoire du patient, de son traumatisme, la qualité des issus de ses moignons, et avoir conscience de ses souhaits et de sa détermination. Cette lourde chirurgie doit être portée par une forte détermination des patients à recouvrer l'utilisation des mains. Une fois les accords sur les objectifs, les moyens et les risques de la transplantation, la chirurgie peut être lancée, pour une durée de 10 à 20 heures. La course contre la montre commence. 4 équipes chirurgicales travaillent simultanément, sur le donneur et le receveur. La transplantation comporte plusieurs temps ; d'abord l'ostéosynthèse qui stabilise les os de l'avant bras au moyen de plaques et vis ; puis la revascularisation, par micro-chirurgie, les vaisseaux sont suturés et la vie reprend dans la main du donneur ; la commande musculaire  et la sensibilité sont possibles suite à la suture nerveuse, tendineuses et musculaires qui viennent ensuite. Enfin, on réalise la fermeture par suture de la peau. La gestion d'équipe doit être optimale pour réussir cette opération sophistiquée, difficile et épuisante. La préparation permet de travailler dans la confiance, entre les praticiens, et avec le patient. 

Les suites
La vitalité de la main doit être activement surveillée afin de prévenir les complications et pourvoir intervenir rapidement. On débute immédiatement la rééducation du patient, avec les kinésithérapeutes, orthésistes. Cette rééducation est basée sur la physiothérapie, l'électrostimulation et l'ergothérapie. On réalise ensuite des tests de sensibilité et de motricité tous les mois dès la première année, puis tous les 6 mois, afin d'en suivre l'évolution. Une part très importante des suites opératoires réside dans le traitement immunosuppresseur. Il s'agit d'une tri-thérapie au long cours par injections d'anticorps indispensable pour palier le rejet du greffon. La peau est particulièrement sujette à rejet, ce qui fait une différence par rapport aux greffes d'organes internes comme le rein, non concerné par une transplantation cutanée. Bien heureusement, ces rejets sont réversibles, il existe des traitements efficaces, notamment à base de corticoïdes, bien toléré et donnant des résultats satisfaisants au bout de quelques jours. Ces rejets confirment la nécessité de la poursuite du traitement immunosuppresseur au long cours. 

Denis Chatelier, 10 ans après
Suite à son amputation en 1996, Denis Chatelier a bénéficié rapidement de deux prothèses myoélectriques qui lui ont permis une relative autonomie jusqu'à la transplantation. Cette transplantation été réalisée par l'équipe internationale de transplantation de l'hôpital Edouard Herriot, dirigée par le Pr Dubernard, à partir d'un donneur dont la famille avait accepté de donner les deux mains. Après l'opération, deux rejets cutanés sont survenus, facilement contrôlés, les doses d'immunosuppresseurs sont réduits au minimum à ce jour. La peau et le système pileux des greffons sont normaux, la perception de la douleur, à la pression, la reconnaissance tactile des objets sont possible, la régénération nerveuse est étonnante ! La mobilité des doigts et des poignets est quasi-complèe, le gain de l'opréatin ets très important concernant l'ensemble des gestes et actes de la vie quotidienne. Aujourd'hui à 44 ans, Denis Chatelier a retrouvé une image sociale qui le satisfait, et a repris une activité professionnelle depuis trois ans.

Depuis, 4 patients ont été transplantés de deux mains à Lyon. Ils sont en bon état général, et la progression de la rééducation bat son plein. Dans le monde, ce sont une quinzaine de patients qui ont été opérés d'une greffe bilatéral de mains depuis Denis Chatelier. Lyon reste la référence pour la greffe des mains. Les objectifs pour les 5 ans à venir sont clairs : continuer à développer l'activité de greffe de mains, pour maintenir le niveau de leadership international, évaluer précisément les résultats de la greffe de bras, si l'amputation se fait au dessus du coude, augmenter l'activité de greffe de la face, développer de nouvelles activités de greffes composites - avec tissu cutané - à Lyon, et développer une activité de recherche expérimentale sur les greffes de mains chez les nouveaux nés et enfants, avec une suppression du traitement immunosuppresseur à terme.

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